LA DOUBLE SUPERFICIALITE DE L'IMAGE

 

SOURCE : "The double superficiality of the frontal image of the Turin Shroud"

Giulio Fanti and Roberto Maggiolo.

Journal of optics A : Pure and applied Optics. 6 (2004) 491-503.

 

INTRODUCTION :

 

L'envers du suaire, c'est à dire la face ne portant apparemment pas d'image était inaccessible depuis qu'en 1534 (à la suite de l’incendie de 1532) des religieuses avaient entièrement recouvert cette face d'une toile protectrice (la toile de Hollande) en la cousant au suaire en de nombreux endroits.

En 1978, l'équipe du STURP, eut accès par endoscopie à une petite partie de l'envers et nota que les taches de sang avaient bien traversé le tissu mais elle ne décela aucune image évidente.

En 2000, la partie centrale fut décousue pour permettre le passage d'un scanner qui permit l'acquisition d'images.

Mais c'est en 2002, lors de la restauration, que la toile de Hollande fut entièrement séparée du suaire et que Ghiberti pu prendre des photographies de très haute qualité de la totalité de l'envers.

C'est en avril 2004 que parut dans la revue scientifique « Journal of Optics A » l'article référencé ci-dessus, affirmant l'existence d'une image sur l'envers du suaire et par conséquent la double superficialité de l'image.

Par convention nous appellerons "envers" la face jusque là inaccessible dont il est question ci-dessus et "endroit" l'autre face où existe depuis des siècles l'image bien connue.

 

RESUME DE L'ARTICLE :

 

Les auteurs, spécialistes italiens du traitement numérique des images, ont utilisé essentiellement le matériel suivant :

- le négatif de la photographie noir et blanc à haute résolution du visage prise par Enrie en 1933 qui reste une des meilleures photos disponible à ce jour (endroit seul puisque l'envers n'était pas accessible à cette époque).

- les photos obtenues par scanner en 2000 (endroit et envers)

- les photos de Ghiberti de 2002 (endroit et envers).

 

 

Photos 2002 de Ghiberti (cliquez sur l'image)

 

Les auteurs pensent pouvoir discerner dans les photos "brutes" ci-dessus des traces extrêmement ténues de l'image du visage et mettent en oeuvre un certain nombre de procédures de traitement informatisé de l'image pour objectiver celle-ci.

 

Les différentes étapes, très complexes et détaillées dans l'article, peuvent être résumées ainsi :

- numérisation des images

- utilisation de techniques de filtrage pour éliminer les bandes verticales ainsi que les plis

- découpe en fenêtres, filtrage et réduction du "bruit" dans chaque fenêtre.

- uniformisation de l'arrière plan et augmentation du contraste.

 

L'ensemble de ces procédures a pour but d'éliminer le "bruit" pour mettre en évidence les taches ou marques qui sont indépendantes de ce "bruit de fond".

En effet, les auteurs démontrent que, sur l'envers du suaire, le rapport signal/bruit est de l'ordre de 50% ce qui est insuffisant pour détecter et reconnaître avec certitude les formes. Ce rapport signifie que le signal (les taches supposées appartenir à une éventuelle image) est de moitié inférieur aux variations de couleur dues au tissu lui-même (bandes verticales, salissures, motifs du tissage etc.).

  

Il était donc nécessaire de procéder à cette longue phase de "nettoyage" de l'image pour mettre en évidence, de la façon la plus objective possible, ce qui ressort d'une éventuelle image.

Cette phase achevée, l'image obtenue sur l'envers, dans la zone correspondant au visage sur l'endroit, est la suivante:

 

   

                     

Cliquez sur l'image pour détails

 

Après élimination maximale du "bruit de fond", on observe donc un ensemble de traces pouvant évoquer, de façon plus convaincante, le visage bien connu de l'homme du suaire, en particulier les cheveux, le nez, la barbe.

Néanmoins, on sait que le cerveau humain est capable de reconstituer inconsciemment une image connue à partir de quelques marques, par exemple ici les traces de sang.

Il fallait donc tenter d'objectiver quantitativement l'existence de cette image.

 

Pour cela, les auteurs vont utiliser des logiciels de reconnaissance des formes.

Le principe consiste à choisir une zone de l'envers (sur différentes photos résultant du traitement précédent) et la zone correspondante de l'endroit sur les photos de 2002 et de 1933, après application du même traitement.

Le logiciel procède alors à une analyse complexe de comparaison et établit un score de corrélation endroit/envers pour l'ensemble de la zone considérée.

Un score supérieur à 0.6 est considéré comme significatif.

 

Le tableau ci-dessous montre les résultats essentiels de ces calculs sur 8 sites du visage.

 

     SCORES DE CORRELATION ENDROIT/ENVERS SUPERIEURS A 0.6 SUR DIFFERENTES PHOTOS SUR 8 ZONES DU "VISAGE"
   1  2  3  4
 

 endroit 02/

envers 02

 endroit 02/

Enrie

 envers 02/

Enrie

 envers 02/

endroit 02

 Moustache

 0.69

 0.88

 0.61

 0.72

 Pointe du nez

 0.86

 0.92

 0.79

 0.88

 Nez, global

 0.80

 0.88

 0.77

 0.79

 Yeux, global

 0.61

 0.89

 -

 -

 Cheveux, gauche

 0.81

 0.89

 0.91

 0.90

 Cheveux, droite

 -

 0.65

 0.64

 -

 Oeil droit

 0.63

 0.88

 -

 -

 Oeil gauche

 -

 0.96

 -

 0.61

 

LEGENDE :

- endroit 02 : photo 2002 de l'endroit du suaire après traitement informatisé

- envers 02 : photo 2002 de l'envers du suaire après traitement informatisé

- Enrie : négatif de la photo de 1933 d'Enrie (endroit) après traitement informatisé

- Les cellules contenant (-) signifient que le score est inférieur à 0.6  

 

COMMENTAIRES :

- Un score égal à 1 ne peut s'obtenir que pour une photo et sa stricte reproduction. On voit dans la colonne 2 que les photos de 2002 et 1933 du même visage sur la même face (endroit) donnent des scores compris entre 0.65 et 0.96. Ceci est du aux différences de technique photographique, d'éclairage etc.

- La comparaison des colonnes 1 et 4 (endroit/envers et envers/endroit des mêmes photos de 2002) donne des chiffres légèrement différents (ce qui est normal car le comparateur est inversé), mais très proches, ce qui affirme la stabilité des résultats.

- Globalement, la corrélation entre l'endroit et l'envers sur les photos de 2002 (colonne 1 ou 4) est excellente au niveau de la moustache, de la pointe du nez, du nez dans son ensemble, du côté gauche des cheveux.

- Elle est peu significative au niveau des yeux (0.61 et <0.60).

- Au niveau du coté droit des cheveux une corrélation limite (0.64) existe entre l'envers et la photo de Enrie de 1931, mais ceci provient probablement de différences entre les photos de 2002 et de 1931 elles-mêmes, puisque quasiment le même score (0.65) existe sur l'endroit.

 

Il fallait enfin démontrer que la présence d'une image sur l'envers ne résultait pas tout simplement de la photographie de l'image de l'endroit prise à travers l'épaisseur du tissu.

Les auteurs démontrent expérimentalement l'impossibilité de cette hypothèse en prenant un tissu de lin en tout point identique (épaisseur, tissage) au suaire et en déposant une couche de graphite formant des lettres sur une face. La photo de l'autre face ne montre la présence d'aucune forme ressemblant aux lettres de graphite déposées sur l'autre face.

Cette affirmation est renforcée par le fait que l'on peut observer d'infimes mais réelles différences, sur le même site, entre les images endroit et envers : par exemple, au niveau des narines, il existe une discrète asymétrie entre la narine droite et la narine gauche sur l'endroit et cette asymétrie est beaucoup moins nette sur l'envers. Ceci tendrait donc à prouver que l'image sur l'envers n'est pas simplement l'image de l'endroit "vue" à travers l'épaisseur du tissu.

 

 

 Cliquez sur la photo

 

 

CRITIQUES ET DISCUSSION :

 

Cette étude, lorsqu'elle paru en 2004, fit sensation parmi les chercheurs du suaire.

La grande majorité en admet les résultats.

 

La principale critique fut émise par le professeur Balossino, Vice-Directeur du Centre International de Sindonologie de Turin et professeur en traitement informatisé de l'image à l'université de Turin.

Elle peut se résumer ainsi : les images n'ont pas été séparées en leur 2 composantes principales c'est à dire les taches de sang d'une part et celles d'autre nature d'autre part.

"Il s'ensuit que le processus est une libre interprétation des taches de sang, des plis et des variations de couleur dues au tissage et à la pollution".

Le cerveau, ayant en mémoire l'image bien connue du visage de l'homme du suaire, reconstitue celui-ci inconsciemment à partir des taches de sang selon un processus psycho-physiologique connu.

 

Les arguments qui, de mon avis de non-expert, incitent à admettre l'existence d'une image sur l'envers sont les suivants :

 

- les auteurs sont des experts professionnels universitaires reconnus

- l'article est paru dans une revue scientifique à comité de lecture (garantie de sérieux méthodologique)

- l'image après traitement informatisé laisse, à la vue, assez peu de place au doute, en particulier au niveau des cheveux, du nez et de la barbe (voir photo plus haut)

- le procédé de traitement informatisé destiné à éliminer le "bruit" et augmenter la visibilité de l'image a certes été créé par les auteurs pour et à partir du suaire. Les auteurs partent en effet des taches qu'ils pensent appartenir à l'image sur l'envers pour les isoler, les caractériser et finalement les comparer quantitativement à ce qui apparaît exactement au même site sur l'endroit.

Tout le processus repose donc au départ sur cette première image avec son "visage" subjectif.

Néanmoins la lecture attentive de l'article montre que tout est fait ensuite pour éliminer le maximum de biais.

- les coefficients de corrélation obtenus montrent que, au moins au niveau de certaines zones (bout du nez, nez entier, moustache et côté gauche des cheveux), la probabilité que les similitudes observées exactement aux mêmes endroits sur les deux faces soient dues au hasard (mêmes taches de pollution ou irrégularités de tissage etc.) est très faible : si la corrélation était observée sur une ou deux de ces zones on pourrait douter; on peut difficilement douter si elle existe en même temps sur au moins 4 zones différentes.

- si les taches de sang peuvent effectivement intervenir comme "point de fixation" à l'origine de la création d'une possible fausse impression de visage sur la photo avant traitement, elle n'interviennent manifestement plus (ou beaucoup moins) comme telles après traitement (voir les photos).

 

CONCLUSION :

 

L'image du visage existe bien sur l'envers (la face cachée jusqu'en 2002 par la Toile de Hollande) du suaire.

Selon les auteurs, elle existerait aussi peut-être au niveau des mains mais pas au niveau du dos (ces zones ont été étudiées avec les mêmes techniques mais non détaillées ici).

 

Cette découverte récente a des conséquences capitales :

 

- puisque aucune coloration n'existe (c'est une certitude absolue reconnue par tous, y compris les "sceptiques"), à l'intérieur du tissu (aucune coloration) l'image peut être dite doublement superficielle : évidente sur l'endroit, très faible sur l'envers et rien entre les deux.

- il est extrêmement difficile d'imaginer un procédé artificiel de production de l'image possédant cette propriété : c'est un argument de plus, capital, contre le faux moyennageux.

- Cette propriété élimine d'emblée certains processus de formation de l'image comme le chauffage.

- Inversement, elle est compatible avec une coloration à l'origine de l'image due à une réaction chimique de Maillard, proposée par Rogers, se produisant au niveau de couches d'impuretés ultra-fines et très superficielles créées par évaporation-concentration sur les deux faces (endroit et envers) du suaire (voir ce chapitre).

 

 

Version imprimable de la page

 
[ Accueil ] [ Le Lin et le Tissu ] [ Carbone 14 ] [ L'image ] [ "Sang" ou "Peinture" ? ] [ Formation de l'image ] [ SYNTHESE ] [ Autres Faits ] [ Dernières Nouvelles ] [ Liens ] [ Mises à Jour ] [ Questions/Réponses ] [ L'Auteur ] [ Galerie Photos ] [ Plan du Site ]
Copyright © suaire-science.com