LES POLLENS

La question des pollens est d'un particulier intérêt pour situer les zones géographiques dans lesquelles le suaire se serait trouvé au cours de son histoire.

 

NOTIONS DE PALYNOLOGIE

 

La palynologie (ou étude des pollens) permet d'étudier la flore d'une région donnée à une époque donnée.

Dans le contexte du suaire, il faut connaître les données suivantes :

- Aucun des pollens retrouvé sur le suaire n'appartient à une espèce disparue : les pollens du suaire ne peuvent nous donner aucune indication de date.

- De nombreuses études, indépendamment du suaire, montrent que les pollens de plantes voyagent, poussés par le vent, sur une très courte distance : 90% ne dépassent pas la centaine de mètres et, dans ce cas, les densités de pollens aéroportés sont très faibles, de l'ordre de 0,0025 à 0,0050 grains par cm2.

Dès lors, si on trouve des pollens de plante sur le suaire, le suaire était nécessairement dans la région où pousse la plante.

 

HISTOIRE DE L'ETUDE DES POLLENS SUR LE SUAIRE :

 

Max Frei est le principal investigateur historique. Criminologiste suisse, il avait inventé une méthode de recueils d'indices microscopiques à l'aide de bandes adhésives spéciales et avait de grandes connaissances dans l'étude des pollens comme indices.

 

En 1973, il fut autorisé à examiner au microscope le suaire et aperçut des pollens entre les fils. Il fut alors autorisé à prélever, à l'aide de ses adhésifs, 12 sites sur le linceul.

Comme il avait remarqué que les pollens se trouvaient en profondeur entre les fils, il appliqua une forte pression tout en écartant les fils pour recueillir  le maximum de particules.

Il examina ses échantillons mais ne fit pas de compte du nombre de pollens par unité de surface, ce qui est important pour comprendre la suite des événements et la polémique.

Son but était de découvrir qualitativement les espèces auxquelles appartenaient les pollens.

 

Il découvrit 56 spécimens de pollens différents dont "un certain nombre" étaient présents en au moins 5 exemplaires. Il ne donna pas d'autre précision quantitative qui aurait pu permettre un calcul de densité par unité de surface.

La plupart des espèces lui étaient inconnues et il du faire une longue et fastidieuse recherche pour pouvoir les identifier.

 

En 1978, il participa à l'étude du STURP et pu recueillir, toujours avec la même méthode, 27 échantillons supplémentaires.

 

En 1982, il publia ses résultats de 73 et 78 pour conclure que la plupart des pollens retrouvés ne pouvaient provenir que du Moyen Orient.

Or, dans le même temps, sur les autres échantillons de STURP de 78, on ne découvrit que très peu de pollens.

Ce fut le début d'une longue polémique qui n'est pas éteinte aujourd'hui.

 

- En 1986, une organisation américaine ASSIST (Paul Maloney), dédiée à l'étude du suaire put obtenir de la veuve de Frei (décédé entre temps) 4 échantillons de Frei de 1978.

Ils découvrirent alors que 95% des pollens se trouvaient dans la zone de la bande adhésive où Frei avait exercé la plus forte pression : les pollens se trouvaient bien en profondeur entre les fils, alors que la quantité de pollens de surface était faible, identique à ce qui avait été retrouvé par le STURP.

Or le STURP avait utilisé une méthode de prélèvement de surface mécanique, calibrée, qui ne pouvait prélever que les fibres et particules de surface, contrairement à la méthode plus "brutale" et artisanale de Frei.

On avait donc là une explication possible des différences quantitatives entre les prélèvements de Frei et du STURP.

 

- En 1988, une autre organisation, le CSST (Whanger), reçut officiellement l'ensemble de la collection Frei qu'elle possède encore aujourd'hui.

 

- En 1998 les échantillons de 1973 et 14 des 27 échantillons de 1978 furent étudiés par Uri Baruch, spécialiste palynologue israélien réputé, accompagné par Avinoam Danin, botaniste. Il confirma dans ses grandes lignes les allégations de Frei : sur 313 grains observés, il put en identifier 204 soit 65% (voir leur synthèse en anglais).

L'espèce de loin la plus fréquemment représentée est Gundelia tournefortii (29%).

La plupart des observations de Frei furent confirmées soit 31 spécimens dont 3 au niveau de l'espèce et 29 au niveau du genre.

 

Beaucoup de ces espèces, dont Gundellia ne poussent que dans certaines régions du Moyen-Orient en particulier autour de Jérusalem et dans le désert de Judée ou près de la mer morte.

La densité moyenne de pollens retrouvée par cet auteur est de 2 à 3 grains/cm2, infiniment supérieure, comme on l'a vu, à ce que pourrait déposer le vent, suggérant un autre mécanisme, d'autant que beaucoup de ces espèces ne sont pas transportées par le vent mais par les insectes pollinisateurs.

Frei se trouvait donc réhabilité.

 

LA POLEMIQUE :

 

Elle porte principalement sur les points suivants :

 

- les différences de densité entre  les chiffres de Baruch/Frei et ceux du STURP :

Rogers a calculé une densité de pollens sur les échantillons de surface du STURP en sa possession de moins d'un grain/cm2 contre 2 à 3 grains/cm2 pour les échantillons de Frei de 78 étudiés par Baruch.

La différence est loin d'être négligeable, d'autant que la majorité des pollens des échantillons Frei semblent concentrés sur une toute petite partie des bandes.

Selon Rogers, les chiffres de Frei de 1973 se rapprochent beaucoup plus de ceux du STURP et il se pourrait que les échantillons de Frei de 78 aient fait l'objet d'une fraude : on aurait rajouté des pollens sur une toute petite partie des bandes (là où l'on retrouve les densités élevées) avant l'étude de Baruch.

Frei, rappelons le, n'a pas fait de compte ni de calcul de densité en 73 comme en 78.

Cependant, à partir des 56 spécimens différents (et non pas des 56 grains, comme le dit Rogers), Whangler du CSST pense qu'il devait y avoir de 175 à 200 grains de pollens sur les échantillons Frei de 73.

On aurait alors une cohérence dans la densité des échantillons Frei de 73 et 78 avec une densité correspondant à celle trouvée par Baruch.

La différence de densité entre les échantillons Frei et STURP, bien réelle, s'expliquerait, quant à elle, par les techniques de prélèvement différentes comme l'a bien démontré Paul Maloney.

 

- La densité très inégalement répartie et la densité très élevée de pollens en de toutes petites zones des échantillons Frei de 1978 peut faire supposer une fraude.

La seule autre hypothèse possible est que les fleurs auraient été, à un moment quelconque de l'histoire du suaire, directement déposées au contact direct du tissu, déposant à cet endroit précis une grande quantité de pollens.

 

- Dernier argument en faveur de la fraude : Rogers pense avoir trouvé sur des photos des pollens Frei, la preuve que certains de ceux-ci au moins seraient récents à partir de certaines caractéristiques que nous ne détaillerons pas.

Les adversaires de la fraude font remarquer que Rogers n'est pas palynologiste (bien qu'il ait une certaine expérience) et que rien ne remplace l'étude directe par des spécialistes comme Baruch.

Rogers, avant son décès, réclamait de nouvelles photos mais elles lui ont toujours été refusées par le CSST, au motif que celui-ci n'accepterait une nouvelle étude que sur les échantillons eux-mêmes effectuée par des palynologistes incontestés.

Nous en sommes toujours là.

 

CONCLUSION :

 

Les conclusions initiales de Frei ont été confirmées par au moins un palynologiste incontesté n'ayant aucun intérêt religieux à prouver l'authenticité du suaire : le suaire a bien séjourné au Moyen-Orient, en particulier dans la région de Jérusalem, seul endroit au monde où l'on retrouve certains des pollens.

 

Mais Baruch a travaillé essentiellement sur les échantillons Frei de 1978, précisément suspects de fraude (sans que lui-même, ni Frei ne soient mis en cause).

La plupart des arguments en faveur de la fraude : différences de densité entre Frei 1973 et 1978 et STURP peuvent s'expliquer comme on l'a vu. La concentration et la haute densité de pollens en de rares endroits peut s'expliquer si on admet que les fleurs ont été directement au contact du linceul.

Il reste la suspicion de présence de pollens modernes, sur photographies, avancée par Rogers.

Personnellement, j'ai du mal à croire qu'un spécialiste comme Baruch ne s'en soit pas aperçu.

 

En résumé, les pollens démontrent avec certitude que le suaire a bien séjourné dans les endroits où il devait être s'il s'agit de l'authentique linceul du Christ, sous réserve d'une fraude toujours possible mais, à mon avis non démontrée et improbable.

 

 

 

 

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