L'IMAGE (1) : PROPRIETES PHYSICO-CHIMIQUES

 

 

 

 

Peu d’objets historiques ont fait l’objet d’autant d’études scientifiques que le suaire de Turin.

La principale source de données scientifiques sur le suaire provient de l’étude de 1978 menée par le groupe du STURP (Shroud of Turin Research Project), composé de dizaines de scientifiques qui disposaient du matériel le plus moderne de l’époque.

 A partir de ces données, de nombreux articles ont été publiés dans des revues scientifiques par les membres du groupe dans les années 80.

Ce sont ces données que nous allons étudier dans cette première partie.

 

 

SOURCES :

 

 

 PLAN DE LA PAGE :

 

 


 

OBJECTIFS, MATERIEL ET OUTILS DE L’ETUDE DU STURP :

 

L’objectif principal de la recherche de 1978 était :

 1) de tester l’hypothèse que l’image du suaire puisse être une peinture

 2) de réunir des données sur sa composition et sa technologie de fabrication pour que des hypothèses puissent être énoncées sur son « authenticité » et son âge.

 

Le matériel utilisé jusqu’à aujourd’hui pour l’étude du linceul provient presque exclusivement de l’étude du STURP de 1978 et consiste en :

- une grande quantité de photographies à grande et petite échelle en lumière blanche, sous différents angles.

- des observations directes au microscope avec de nombreuses microphotographies.

- des analyses spectrales et des photographies du linceul soumis à des rayonnements de diverses longueurs d’onde (visible, ultra-violets, infra-rouge).

- 36 prélèvements de surface de 5 cm2 environ, grâce à des rubans adhésifs spécialement conçus (Mylar). Ces prélèvements ont été faits sur des zones très variées (fond, image, brûlures, cernes d’eau) du suaire et ont permis de recueillir, outre divers contaminants qui seront éliminés, le matériel qui sera étudié (fibrilles, pollens, particules etc.) par différentes méthodes de microanalyse.

 

Les outils utilisés sur ce matériel étaient :

- le microscope optique et à lumière polarisée ainsi que les microphotographies directement sur le suaire et aussi sur les prélèvements.

- la spectrométrie sur le linceul dans le visible, l’ultraviolet et l’infra-rouge.

- les études de fluorescence aux UV. La fluorescence est une propriété de certains matériaux qui émettent une lumière après absorption d’un rayonnement. Cette lumière réémise dépend des caractéristiques chimiques des molécules du matériau éclairé. Elle permet de mettre en évidence des caractéristiques non ou peu visibles de certaines parties du suaire, de comparer les zones du suaire entre elles (zones avec et sans images, taches de « sang » etc.), de détecter certaines molécules pouvant participer à la formation de l’image.

- la fluorescence aux rayons X permet de détecter la présence de métaux, en particulier ceux utilisés dans certains pigments.

- la Radiographie aux rayons X qui permet d’observer les discontinuités de densité.

 

Ultérieurement, sur les échantillons de surface, ont été utilisés en particulier :

- les techniques de microphotospectrométrie, sur le même principe que la spectrométrie mais au niveau microscopique des fibrilles.

- la spectroscopie Raman qui permet de rechercher certaines substances pouvant imprégner le tissu.

- la spectrométrie de masse, méthode destructrice mais pouvant être utilisée à partir de petits échantillons et qui permet de détecter des quantités infimes de matière en étudiant le spectre des produits de la pyrolyse (chauffage) du matériau.

- enfin de très nombreuses expériences de microchimie ont été conduites sur les fibres des échantillons.

 

 

RESULTATS DE L’ETUDE DU STURP :

 

Les résultats des investigations dans les différents domaines de recherche à partir des données de 1978 furent publiés dans les années suivantes dans différentes revues scientifiques à comité de lecture garantissant leur validité scientifique.

En 1981 une synthèse fut publiée pour le grand public (conclusion de cette synthèse en anglais).

 

 

1) Caractéristiques générales de l’image:

 

- superficialité : l'image résulte d'une coloration (jaune sépia au niveau macroscopique, jaune paille au niveau microscopique) très superficielle du lin. Seuls les fils de surface et, dans un fil, seules les fibres les plus extérieures sont colorés.

- monochromie : une seule couleur définit l’image alors que les fibres non image sont quasi-incolores au microscope.

- discontinuité : dans une zone donnée de l'image, et parfois dans un même fil, des fibres colorées côtoient des fibres incolores. La variation apparente, à distance, de la coloration, à l'origine de la perception d'une forme humaine (l'image), provient uniquement du nombre plus ou moins grand de fibres colorées par unité de surface et non pas d’une plus ou moins grande intensité de la coloration des fibres.

 

 

 

 

 

2) Effets de l'incendie de 1532 :

 

En 1532, alors que le suaire était enfermé dans un coffret d'argent, un violent incendie se déclara et fit fondre en partie le métal argent du coffret, témoignant des très hautes températures atteintes.

 

 

 

Le linceul porte les traces de brûlures de cet incendie de même que beaucoup d'auréoles en rapport avec l'eau utilisée pour l'éteindre.

 

 

 

Avant l'étude directe du suaire, les membres du STURP étudièrent les effets des hautes températures sur les composants des peintures (pigments, liants, mordants) utilisés au Moyen-Âge.

 

Ces études démontrèrent que les très hautes températures atteintes au cours de l'incendie de 1532 entraînent la formation de nombreux produits de pyrolyse (formaldéhyde, acides organiques, CO etc.) extrêmement réactifs. En particulier l'hématite (Fe2O3 : oxyde de fer) utilisé dans l'ocre rouge, principal pigment attendu pour une peinture médiévale, serait réduite en magnétite noire (Fe3O4). La plupart des produits de pyrolyse sont hydrosolubles et seraient entraînés par l'eau utilisée pour éteindre l'incendie.

 

En d’autres termes, si l’image était une peinture, les zones d’image proches des traces de brûlures devraient montrer de profondes modifications de couleur, de caractéristiques spectrales et microchimiques, et des distorsions par effet d’entraînement par l’eau.

Rien de tel n’est observé : l’image montre strictement les mêmes propriétés à distance ou très près des brûlures : ce point capital est, selon les auteurs, un argument majeur contre la théorie de la peinture médiévale.

 

 

3) Etudes physiques instrumentales macroscopiques :

 

- Réflectance et spectrométrie :

 

 Le suaire a été examiné dans les différentes zones (image, non image, sang, brûlures, auréoles d'eau etc.) sous des lumières de différentes longueurs d'onde (visible, ultra-violets, infra-rouge). On obtient ainsi le spectre de réflectance d'une zone donnée c'est à dire la quantité de lumière réfléchie par cette zone en fonction de la longueur d'onde de la lumière d'éclairage.

 

Le résultat global est que la zone de l'image ne montre pas de comportement spectral particulier par rapport au fond du suaire.

 Si la réflectance de l'image est en moyenne inférieure à celle de la "non image" (l’image absorbe davantage la lumière), son spectre (sa variation en fonction de la longueur d'onde) est identique. Ceci tend à prouver que l'image est composée de nombreuses structures chimiques absorbant différemment la lumière contrairement à ce qui serait attendu d'un pigment.

 

 En revanche ce spectre est compatible avec celui que donne des complexes d’hydrate de carbone (assemblages de sucres) déshydratés : ce fait est, entre autres, à la base de l’interprétation courante de la nature de l’image comme déshydratation/oxydation, comparable à un vieillissement accéléré, de la cellulose constitutive des fibres superficielles du lin dans les zones de l’image.

 

La spectrométrie n’est pas en faveur de l’utilisation de pigments dans l’image.

 

- Fluorescence infra-rouge et UV:

 

La fluorescence est une propriété des molécules qui ne dépend que de la chimie de la zone considérée : une molécule fluorescente absorbe l’énergie d’un photon d’une longueur d’onde donnée et restitue en une fraction de seconde cette énergie sous forme d’un photon de longueur d’onde différente et caractéristique de cette molécule.

 

 Sous infra-rouge, la majorité des pigments modifieraient le spectre de fluorescence  en réfléchissant davantage (ou au contraire en absorbant davantage, suivant leur nature) les rayons. Rien de tel n’est observé ; en revanche les zones brûlées sont fluorescentes contrairement à l’image, ce qui va contre l’hypothèse d’un mécanisme de chauffage à haute température pour expliquer la formation de l’image.

 

 Sous ultra-violets, le fond du linceul est légèrement fluorescent alors que la zone de l’image tend à réduire cette fluorescence de fond. On ne retrouve pas dans l’image de fluorescence pouvant correspondre à des liants de peinture à base de collagène (même vieilli). Les zones de « sang » ne sont pas fluorescentes : c'est à quoi on s'attend s’il s’agit réellement de sang. La fluorescence aux UV a permis de découvrir autour de certaines taches de « sang » des auréoles légèrement fluorescentes pouvant correspondre à du sérum qui aurait diffusé lors de la formation des caillots de sang.

 

Aucune fluorescence infra-rouge ou UV trahissant la présence de molécules organiques ou inorganiques habituellement utilisées pour les peintures n'est retrouvée dans la zone de l'image par ces techniques.

 

- Fluorescence aux rayons X :

 

Cette méthode est une des plus sensibles pour détecter de très petites quantités de métaux de nombre atomique supérieur à 16.

 

Les métaux détectés sur le suaire sont les suivants :

 

                a) le fer sous diverses formes: la question du fer, étroitement liée à celle des taches de "sang" est à l'origine de la principale controverse avec les partisans d'une peinture médiévale. Cette question sera étudiée en détail dans le chapitre suivant.

A ce stade, il suffit de savoir que la fluorescence X a détecté la présence de faibles quantités de fer lié à la cellulose sur l’ensemble du linceul (probablement apporté par les eaux utilisées pour le rouissage des tiges de lin), et un niveau de fer plus important dans les zones de « sang », pouvant s’expliquer par le fer présent dans l’hémoglobine ou par l’utilisation de pigments riches en fer. Les zones de brûlures et les cernes d’eau montrent aussi une certaine accumulation de fer.

 

                b) les seuls autres métaux décelables sur le linceul sont le calcium et le strontium qui n'entrent pas dans la composition de pigments. Ils sont régulièrement répartis sur le tissu et ont pu être apportés, comme le fer lié à la cellulose, par les opérations de rouissage des tiges de lin.

 

                c) d’autres éléments lourds comme le mercure, le plomb, l'arsenic entrant régulièrement dans la composition des peintures ne sont pas retrouvés.

 

                d) Un élément important à considérer dans la controverse sur le fer est l'absence de manganèse, nickel et cobalt qui entrent toujours dans la composition de pigments à base d'oxyde de fer naturel.

 

- Radiographie aux rayons X :

 

Elle ne détecte pas non plus de différence de densité en rapport avec l'image, ce qui va là encore contre l'hypothèse de l'intervention de fer ou autre molécule minérale dans l'image.

 

La fluorescence X comme la radiographie montrent l’absence de différence significative entre les zones image et non image ce qui implique que l'image ne peut pas être attribuée à une application de peinture (ou toute autre technique) à base de pigments minéraux.

 

  

4) Etudes sur les échantillons :

 

Les échantillons étudiés dont il est question ici proviennent essentiellement des 36 prélèvements de surface recueillis avec un adhésif spécial en 1978, et parfois des échantillons de prélèvements faits en 1973.

 

- spectroscopie Raman : elle ne montre la présence d’aucune substance d’imprégnation du tissu, en particulier pas de saponine ou autre substance de lavage du tissu : ce fait n’implique pas que de telles substances n’aient pas été utilisées à l’époque de la confection du linceul, mais qu’on ne les retrouve plus actuellement.

NB (Mise à Jour du 18 avril 2005): il semble que cette analyse ait été faite sur l'échantillon Raes dont on sait maintenant qu'il est différent du reste du linceul. On ne pourrait donc en tirer aucune conclusion

 

- spectrométrie de masse par pyrolyse : méthode d’une extrême sensibilité, elle ne détecte pas de produit étranger sur les fibrilles et aucune différence entre les zones image et non image. Les fibrilles furent analysées au «centre d’excellence» de l’université du Nebraska qui fut capable de déceler d’infimes quantités de polyéthylène provenant de la matière plastique utilisée pour le transport des échantillons ! Aucune trace de pigment ou de medium utilisé dans les peintures ne fut retrouvée.

 

- Microchimie : les expériences de microchimie réalisée furent nombreuses.

 Les méthodes microchimiques utilisent des réactifs produisant, de façon plus ou moins spécifique, un changement de couleur caractéristique ; dans d’autres cas elles produisent une fluorescence d’une couleur donnée sous UV. Enfin les protéases, enzymes détruisant spécifiquement les protéines ont aussi été utilisées.

 

                - effet des solvants : aucun des multiples solvants, y compris les plus puissants, n’a été capable de dissoudre la coloration des fibres de l’image. Les peintures habituelles auraient été dissoutes par ces solvants.

Seule la diimide, agent réducteur très puissant a été capable de blanchir les fibres. Cette observation est importante pour la suite car elle montre qu’une oxydation est en cause dans le processus chimique à l’origine de l’image.

 

                - recherche de protéines : des tests aux protéases, de très haute sensibilité, ont été utilisés. Aucune protéine, en dehors des zones de sang, n’est retrouvée dans la zone de l’image. La coloration jaune sépia de l’image ne montre aucune trace de protéine, même vieillie, qui aurait pu être utilisée comme liant de peinture.

 

                - recherche des métaux : une vingtaine de réactifs furent utilisés pour aboutir aux mêmes conclusions que les méthodes précédentes : les seuls métaux retrouvés à un niveau significatif sont le fer, le calcium et le strontium, probablement apportés par les eaux de rouissage du lin.

D’autres métaux sont retrouvés à l’état de trace comme le sodium, le potassium, le cuivre etc. qui entrent dans la composition du sang.

La microchimie confirme que l’on ne retrouve pas de trace de cobalt, manganèse, nickel, plomb ou arsenic entrant souvent dans la composition des pigments utilisés au Moyen-Age, en particulier ceux à base d’ocre rouge.

De très rares particules de cinabre (pigment à base de vermillon et sulfure rouge de mercure) ont été trouvées, apportant un argument en faveur de la peinture. Cependant la signification de ces quelques particules est controversée comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

 

                - détection des groupes fonctionnels et composés organiques : la recherche des groupes fonctionnels est négative sauf pour les groupes carbonyle (parties de molécules chimiques contenant des doubles liaisons sur un atome de carbone : C=) sur l’image.

Ces groupes se retrouvent dans les produits de l’oxydation/déshydratation des polymères de sucre, comme la cellulose (polymère de glucose) constituant du lin. Ce groupe fonctionnel est chromophore c'est-à-dire qu’il induit une modification de couleur par absorption de photons d’une longueur d’onde spécifique.

 

 

 

CONCLUSIONS DU STURP :

 

- l’image n’est pas une peinture : à la suite des nombreuses publications dans des revues scientifiques, le STURP conclue officiellement en 1981 que le suaire de Turin ne peut pas être une peinture du Moyen-Age.

Le principal argument est l’absence de toute trace de constituant des peintures utilisées à cette époque (pigments organiques et inorganiques, liants protéiques, mordants métalliques) décelable par un ensemble de méthodes scientifiques validées tant sur l’ensemble du linceul (microscopie, réflectance, spectrométrie, thermographie, fluorescence infra-rouge et UV, fluorescence aux rayons X, radiographie), qu’au niveau des fibres elles-mêmes (microspectrométrie, spectrométrie de masse, spectroscopie Raman, analyses microchimiques).

 

- nature de l’image : La seule hypothèse compatible avec l’ensemble des observations est que l’image résulte d’un processus d’oxydation/déshydratation des molécules de cellulose des fibres les plus superficielles du lin, le mécanisme de la formation de l’image restant, lui, inexpliqué.

 

En réalité, il serait plus rigoureux de dire que les études scientifiques de 1978 ne semblent compatibles qu’avec un processus aboutissant à la formation de groupes carbonyles à double liaison, à l’origine de la coloration formant l’image, tel que celui obtenu par une déshydratation/oxydation de molécules d’hydrates de carbone. Fort logiquement, la cellulose du lin (polymère de glucose) semblait être le seul « candidat » pour être le support de l’image ; il en fut ainsi jusqu’aux années 2000.

 

Mais certaines observations cadraient mal, comme nous allons le voir, avec cette hypothèse de la cellulose « porteuse » de l’information « image ».   

Une reprise de toutes les données, à la lumière des connaissances historiques sur la fabrication des tissus de lin, et une connaissance approfondie de la chimie des hydrates de carbone ont permis à Rogers  de proposer une autre hypothèse sur la nature du support de l’image.

C’est ce que nous allons voir maintenant.

 

 

DONNEES RECENTES (2000-2004) :

 

Ces données proviennent essentiellement des travaux récents de Rogers et Arnoldi (R et A dans la suite).

Leur conclusion est que la cellulose du lin n’est pas en cause dans la formation de l’image, mais que celle-ci résulte d’une réaction chimique (dans la zone de l’image), au niveau d’une fine couche microscopique « d’impuretés » recouvrant en surface l’ensemble du suaire.

Cette découverte capitale ouvre de nouvelles perspectives quant au mécanisme de formation de l’image.

 

1) Les données :

 

- comme nous l’avons vu, la diimide, un agent réducteur très puissant est capable de dissoudre la couleur de la zone image, laissant des fibres incolores et intactes ; ceci tend à prouver que « l’image » est située à la surface des fibrilles mais ne concerne pas la cellulose elle-même.

 

- la médulla (partie centrale) des fibres colorées est incolore en coupe, seule la paroi est colorée : le processus ne touche que la surface externe des fibres sans pénétrer à l’intérieur de celles-ci.

 

 

 

 

- Certaines microphotographies montre que la coloration a pu être « arrachée » de la fibrille au moment de l’application de l’adhésif sur le suaire. On observe alors sous microscope un « fantôme » (« Ghost ») de couleur ayant la forme d’une fibrille mais ne contenant pas de cellulose sous microscope à lumière polarisée (pas de biréfringence). Ces « fantômes » ont une composition chimique compatible avec celle d’hydrates de carbone déshydratés/oxydés, identique à celle de la couleur attachée à la fibre.

 

 

 

 

- Cette fine couche « d’impuretés » pourrait être constituée d’amidon et d’autres composés d’hydrates de carbone ; des tests microchimiques à l’iodine aqueuse avaient en effet précédemment montré la présence d’amidon sur des fibres du suaire.

 

- les observations initiales montraient que les fibres colorées apparaissaient comme « corrodées » et plus fines que les zones non colorées. C’est ce qui est attendu lorsque des composés d’hydrate de carbone sont oxydés/déshydratés : à cet endroit la couche se rétracte.

 

 

 

 

- en dehors des zones colorées, la couche d’impuretés est incolore et trop fine pour être visible au microscope normal à haute résolution. Au microscope à contraste de phase elle a pu être visualisée et son épaisseur varie de 200 à 600 nanomètres (milliardième de mètre), soit environ 1% à 4% de l’épaisseur d’une fibrille.

  

 

2) Mécanisme supposé de formation de la couche superficielle « d’impuretés » :

 

Pour comprendre comment une telle couche d'impuretés a pu se former sur l'extrême surface du tissu, il faut se référer à nouveau aux méthodes de préparation des pièces de lin dans l'antiquité, à partir des indications de Pline l'Ancien (Livre IX de son « Histoire Naturelle »).

 

Sur les anciens métiers à tisser à main, les fils de chaîne étaient enduits d'amidon afin de faciliter les opérations de tissage. Après tissage, la pièce était lavée dans une solution contenant un savon naturel à base de saponaire (saponaria officinialis), rincée, puis mise à sécher au soleil. A ce stade, la pièce, malgré le lavage, devait contenir des résidus plus ou moins hydrolysés de saponine, d'amidon et autres impuretés en solution dans l’eau de rinçage. Le séchage entraînait la solution à la surface du tissu, puis l'eau s'évaporait laissant en surface une fine couche d'impuretés concentrées.

Ce processus a pu être testé par Rogers sur une pièce de lin fabriquée selon la méthode antique. En rajoutant un marqueur bleu à la solution de lavage, il a pu démontrer sa concentration uniquement à l'extrême surface des fibres après évaporation, propriété identique à l'image du suaire.

 

 

 

  

3) Compatibilité avec les données précédentes :

 

Il est clair que l'hypothèse R et A selon laquelle l'image résulterait de modifications chimiques localisées à certains endroits d’une couche extrêmement fine d'impuretés recouvrant l'ensemble du tissu est compatible avec les principales propriétés mises à jour depuis 78, comme la superficialité de l'image.

 

La plupart des faits ayant abouti à la conclusion initiale que l'image résultait d'une déshydratation/oxydation superficielle de la cellulose du lin avec formation de groupes fonctionnels C=  reste valable si le même processus chimique affecte non plus les fibres de lin mais une fine couche d’impuretés d’hydrates de carbone en surface des fibres.

  

Comme nous l’avons vu plus haut, la couche d'impuretés est formée d'un mélange complexe de sucres à partir des traces d'amidon  et de saponine et des résidus provenant du lin lui-même. L’hydrolyse de ces complexes glucidiques en sucres plus simples pourrait expliquer l’absence de saponine décelable par spectrométrie Raman.

De la même façon, la spectrométrie de masse par pyrolyse, ne permet pas de connaître l’origine des différentes molécules de sucre décelées. Il en est de même pour la spectrométrie infra-rouge et UV.

En revanche, la fluorescence UV de fond du suaire pourrait s'expliquer par la fluorescence naturelle des produits de l'hydrolyse de la saponine.

 

La couche d'impuretés serait donc surtout constituée d’un concentré d’un mélange complexe de différents types d’hydrates de carbone (pentoses, hexoses etc.) plus ou moins chimiquement réactifs, souvent beaucoup plus réactifs que la cellulose elle-même : l’énergie à apporter nécessaire pour déshydrater/oxyder ces molécules a été calculée et est beaucoup plus faible que celle qui est nécessaire pour la cellulose. Ceci est important pour comprendre le mécanisme de formation de l’image.

 

 

 

DISCUSSION :

 

Partant de l'hypothèse qu’une couche ultra-fine (non visible au microscope classique, même à haute résolution) d'impuretés recouvrait le suaire, Rogers démontre que l'ensemble des faits observés s'explique beaucoup mieux si l'image est « inscrite » dans cette couche plutôt que dans la cellulose du lin.

 

- Les principaux faits servant de base à l'hypothèse de Rogers étaient disponibles dans les années 80. La théorie de l'oxydation de la cellulose du lin a été la théorie "officielle" jusqu'aux années 2000, et est encore soutenue, même dans les articles et les livres récents. Adler lui-même, qui est à l'origine des observations reprises et confirmées par Rogers pour bâtir se théorie, écrivait encore en 1999 : « A partir de là on a conclu que (...) le chromophore  de l'image était un groupe carbonyle conjugué produit dans la structure de la cellulose elle-même par un processus de déshydratation oxydative ».

 

- Quoi qu’il en soit, il apparaît que la théorie de Rogers repose sur des faits très solides, difficilement explicables autrement. Il n’a pas été possible de trouver des articles réfutant scientifiquement la théorie et les arguments de Rogers.

 

- Le mécanisme de formation de cette couche d'impuretés sur le linceul est compatible avec les méthodes anciennes  de fabrication du lin; le processus d'évaporation/concentration de la "soupe" complexe de carbohydrates formant les impuretés est simple, naturel et clair et rend parfaitement compte du caractère très superficiel de l'image (nous l’étudierons dans le chapitre sur la formation de l’image).

 

 

 

CONCLUSION :  

 

L'ensemble des résultats accumulés à partir de 1978 aboutit à un faisceau de preuves convergentes, consistantes et cohérentes entre elles permettant de répondre clairement à la question posée : l'image du suaire ne résulte pas d'une peinture du Moyen-âge.

 

L’image est la conséquence d’une réaction chimique de déshydratation oxydative avec formation de composés carbonyles à double liaison affectant des structures composées d’hydrate de carbone.

 

Ces composés peuvent être la cellulose du lin elle-même (polymère de glucose) mais cette hypothèse classique, bien qu’admise encore par beaucoup, rencontre quelques difficultés : blanchiment par la diimide sans affecter la structure des fibres, existence des « fantômes » de couleur par « arrachage ». De plus, elle ne propose pas de mécanisme pour expliquer l’extrême superficialité de l’image. 

 

La récente théorie de Rogers impliquant une très fine couche d'impuretés (mélange complexe d’hydrates de carbone simples provenant du processus de fabrication du tissu) à l'extrême surface des fibres superficielles du tissu comme support de l'image apparaît de loin comme la plus plausible :

 

- elle semble expliquer, pour la première fois, la totalité des faits observés concernant la nature physico-chimique de l’image y compris la superficialité par le mécanisme d’évaporation/concentration.

 

- elle prend en compte les techniques de fabrication anciennes historiquement bien attestées ce qui renforce en retour la probabilité que l’âge du linceul soit antérieur au Moyen-Âge européen.

 

- elle a l’avantage de dissocier le problème de la nature de l’image de celui, bien plus complexe, de la formation de l’image.

Si elle n'explique pas par elle-même le mécanisme de la formation de l'image, elle lui impose des limites très strictes et élimine ainsi de nombreuses théories. Nous reprendrons et approfondirons ces faits dans le chapitre sur la formation de l'image.

 

D’un point de vue scientifique, la théories de la « couche d’impuretés » comme support de l’image devrait donc logiquement, jusqu’à preuve du contraire, être considérée comme vraie dans la limite des connaissances actuelles. Elle doit être approfondie, en particulier en démontrant définitivement son existence et en analysant en détail sa composition.

 

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